Col. Ouro-Koura Agadazi

Le 30 janvier 2016 au Togo

Nouvelle saison de la transhumance

C’est un communiqué du Col. Ouro-Koura Agadazi, président du Comité national de transhumance et ministre de l’Agriculture, de l’Elevage et de l’hydraulique, qui fixe la date. Pour le compte de la saison 2015-2016, la transhumance est ouverte le 30 janvier 2016. Avec une insistance faite aux responsables des comités préfectoraux et cantonaux de la transhumance à tout faire pour éviter une entrée prématurée des animaux sur le territoire national. La précision a la valeur de prévenir les conflits récurrents au phénomène de la transhumance, désormais suivie de près par le gouvernement. Surtout qu’il y a désormais une nouvelle carte de transhumance qui définit les couloirs, les zones d’accueil et les zones de pâturages, communiqués aux dirigeants des pays du Sahel afin d’en informer leur population. Point n’est besoin de rappeler que, au Togo comme dans la plupart des pays d’Afrique occidentale, la transhumance transfrontalière constitue une stratégie de production animale (disponibilité d’animaux, lait, fromage, géniteurs ; transactions commerciales liées à cette activité….). Seulement, dans le même temps, elle est une source des conflits entre les éleveurs transhumants et les autres usagers des ressources naturelles, notamment les agriculteurs. De plus en plus, les mouvements de transhumance sont marqués par de graves incidents dans les zones de transit et d’accueil, à cause de plusieurs facteurs que sont le non-respect de la législation par les transhumants ; les dégâts causés par les animaux sur les cultures et les récoles agricoles ; la pénétration des animaux dans les aires protégées ; l’extension du processus de colonisation agricole des espaces sylvo-pastoraux ; la restriction des possibilités offertes aux transhumants en matière de vaine pâture ; l’exacerbation de la compétition pour l’accès à l’eau ; et la faiblesse des relations sociales entre les transhumants allochtones et les agriculteurs autochtones dans certaines zones. A juste titre, un débat multi-acteurs sur la problématique de la gestion concertée et durable de la transhumance transfrontalière s’est tenu à Lomé fin janvier 2015.
Les conflits entre les transhumants transfrontaliers et les agriculteurs autochtones ont engendré des pertes en vie humaines dans les zones de Langabou en 2008, de Pagala en 2009, de Wahala en 2013 et de Borgou en 2014. Les autorités togolaises ont décidé d’attaquer de front la gestion des flux de transhumance transfrontalière, au regard de la gravité de la situation engendrée par le climat de tensions entre les pasteurs sahéliens et les populations locales. Ainsi, pour faire face à l’afflux d’importants effectifs animaux, un Comité national de transhumance, disposant de relais aux niveaux préfectoral et cantonal, a été mis en place. Des ateliers bilans d’évaluation des activités du Comité national et des Comités préfectoraux de transhumance, organisés en 2009, 2012 et 2014, ont mis en relief les difficultés rencontrées dans la gestion des flux de transhumance : les transhumants ne respectent pas les dates d’entrée et de sortie du territoire ; les déplacements nocturnes des troupeaux transhumants engendrent des difficultés de toutes natures et doivent par conséquent être interdits ; les dégâts causés par les animaux domestiques sur les cultures ne sont pas gérés de façon satisfaisante et les conditions dans lesquelles les indemnisations sont perçues suscitent des frustrations chez les populations autochtones ; le montant des taxes d’entrée perçu est relativement faible parce que plusieurs troupeaux pénètrent clandestinement sur le territoire togolais (non-respect des points d’entrées par les transhumants et déficit des moyens d’intervention des Comités chargés de contrôler les flux de transhumance) ; les transhumants bénéficient de la complicité de certains intermédiaires véreux qui facilitent leur entrée illégale et leur séjour sur le territoire togolais ; la non-maitrise des troupeaux par de très jeunes bouviers ; la corruption avérée de certaines instances de décision (en nature ou en espèce, interprétée par le peul comme une licence à tout faire) ; le problème de communication (non maitrise de la langue locale pour communiquer). Aussi avait-on formulé les recommandations suivantes : procéder à la délimitation, au niveau des préfectures, des axes de transhumance et des zones d’accueil d’animaux transhumants ; des couloirs et des aménagements d’eau ; favoriser l’appropriation par les collectivités locales des textes régissant la transhumance, afin qu’elles puissent prendre en charge l’organisation, le suivi et le contrôle des déplacements des troupeaux ; élaborer et appliquer des conventions locales, en vue de prévenir et de gérer les conflits liés à l’accès aux ressources naturelles ; améliorer le système de gestion des taxes perçues au titre de la transhumance (codification et imputations des recettes collectées) ; allouer aux Comités chargés de la gestion de la transhumance une partie des taxes collectées, afin de leur permettre de défrayer les dépenses liées au suivi et à la gestion des flux de transhumance ; assurer la traduction et la diffusion dans les langues nationales des textes régissant la transhumance ; inciter les services techniques compétents à assurer un décompte exhaustif des effectifs animaux qui viennent en transhumance au Togo. Il faut noter que cette volonté manifeste de sécuriser la transhumance au Togo n’a pas empêché l’émergence de nouvelles formes d’insécurité dans les zones d’accueil des transhumants transfrontaliers, avec les affrontements violents survenus dans le canton de Borgou en décembre 2013. Ce qui a amené à l’élaboration d’un plan de gestion de la transhumance (2014-2020), visant à supprimer les conflits qui occasionnent des pertes en vies humaines, à transborder les animaux des points d’entrée aux zones de pâture, et à diminuer la prévalence des maladies animales et zoonotiques. Sans oublier l’adoption d’un code de conduite de la gestion de la transhumance au Togo. Une stratégie à neuf principes directeurs est élaborée pour une période de 7 ans (2014-2020) et sera exécutée en deux phases dont la première, la phase d’urgence, couvre la période 2014-2015. Le coût global du plan est de 6.867.912.000 francs Cfa.
Des atouts sont notés dans les zones traversées : disponibilité en viande (déstockage au cours du passage, abattage d’animaux chétifs, fatigués, fracturés…), en lait (suite au métissage), en cuir (suite à l’abattage), en bouse pour l’engraissement des sols, disponibilité de géniteurs performants aux éleveurs locaux, échanges entre agriculteurs locaux et transhumants, taxes de pâture prélevées sur les entrées et les passages, transactions commerciales, prestations vétérinaires, etc.
Le phénomène de la transhumance est apparu au Togo dans les années 1972-1973 avec l’installation de la sécheresse au sahel. On distingue la petite transhumance et la grande transhumance. La petite transhumance ou transhumance nationale désigne le déplacement du bétail à l’intérieur du pays ; elle est essentiellement l’œuvre des propriétaires éleveurs locaux de la région des Savanes Nord-Est (Borgou, Koundjouaré) qui descendent pendant la saison sèche vers Mango, Kara, Bassar et même Sokodé. Les éleveurs propriétaires sahéliens qui se sont semi-sédentarisés dans la région des Plateaux transhument également vers Anié, Notsé, Tabligbo et Amlamé. Quant à la transhumance inter-état ou transfrontalière, elle est le déplacement saisonnier entre Etats du bétail ayant quitté les limites de ses parcours habituels en vue de l’exploitation des points d’eau et des pâturages ; elle est motivée par l’insuffisance des pâturages, de l’eau dans les pays sahéliens suite aux grands déficits pluviométriques engendrés par les grandes sécheresses des années 1972-1973 et 1983-1984. Chaque année, durant la saison sèche, le Togo reçoit d’importants effectifs d’animaux bovins venant des pays voisins tels que le Niger, le Burkina Faso, le Mali et le Nigéria. Les effectifs augmentent d’année en année : de 3.500 têtes en 1984, ils sont passés à 60.000 têtes en 1988 ; en 2010, sur le plan national, le nombre de troupeaux transhumants recensé dans 19 préfectures sur 30 préfectures que comptait le pays est de 1.182 avec un effectif de 76.984 têtes de bovins conduits par 981 bouviers transhumants.
En rappel, au Togo, des mesures et des textes réglementaires ont été pris en 1985 et en 1995. Mais la gestion de la transhumance n’a été effective qu’à partir du décret du 26 juillet 2007, modifié le 11 mars 2008, portant création, composition et attributions du comité national et des comités préfectoraux de la transhumance et l’arrêté interministériel du 22 mai 2008 portant organisation du mouvement de la transhumance au Togo. Face à leur application devenue difficile, ces textes ont été revisités sur la base des propositions faites au dernier atelier bilan des activités des comités préfectoraux de transhumance en février 2014 à Blitta.
Source : L’UNION

A propos de l'auteur

Late Pater

Il est rédacteur au journal L’Union pour la Patrie et au site web Pa-lunion.com

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