A Hédzranawoé à Lomé

Le marché de la friperie s’ouvre à 4 heures du matin

Les lundis et jeudis matin, au grand marché de Hédzranawoé, le marché de la friperie démarre à 4 heures du matin. Ayant reçu l’information, nous avons décidé de vivre de près ce marché curieux pour nos lecteurs.

Au cours de ces deux jours, les commerçants ou revendeurs nigérians ouvrent les balles de différentes sortes de friperies. Mais, si on veut s’offrir des chaussures à bas prix, il faut être présent à 4 heures du matin devant la station d’essence Shell et sur la nouvelle route en construction devant le grand marché. les patrons des boutiques déversent toutes leurs marchandises devant leurs installations en vu de permettre à leurs nombreuses clientèles de faire leurs choix et de se procurer les articles.

Pour Eke, un revendeur de chaussures rencontré sur les lieux ce lundi 19 novembre à 4h30 : « Je suis souvent ici à 3h30 pour l’installation et pouvoir vendre mes produits, je veux dire mes chaussures ». A côté de lui, un client sérieusement affairé à fouiller la montagne de chaussures en face de lui nous épingle : « Mais, dites, voulez-vous acheter une paire de chaussures ? Y a en a pour tous les goûts et tous les âges. Nous pourrons vous faire les choix à votre convenance. » Notre réponse a été une question. Surpris mais ouvert, il nous répond : « Effectivement, tous les lundis et jeudis, nous nous levons tôt pour être les premiers clients et faire les premiers choix. Comme tous les revendeurs ne pourront pas se lever tôt comme nous, nous les leur revendons après. Ce qui fait que les jeunes qui arrivent après, achètent les deuxièmes choix et un peu plus chers. »

A ce marché de l’aube, il y a plus de femmes que d’hommes. « Voyez-vous, les femmes togolaises sont de vraies commerçantes. Elles ne reculent devant rien pour nourrir leur famille. Moi, je puis vous dire qu’après ce travail, je dois encore rentrer pour apprêter mes deux enfants pour l’école. » nous a expliqué une dame, revendeuse d’habits, proche de la trentaine.

Devant sa boutique en train de prendre une cigarette, un Ibo, visiblement patron de la boutique non loin de la librairie Bon Pasteur de Hédzranawoè, nous a entretenu avec une certaine fierté sur ce commerce aux avantages énormes mais avec beaucoup de risques.

« Cela fait plus de quinze ans que je suis dans ce commerce. Les marchandises nous arrivent de l’Europe, des Etats-Unis et de l’Australie. Nous avons des correspondants qui sont là-bas et qui nous les envoient. Parfois, on est obligé de se rendre dans certains pays pour travailler nous-mêmes. Je ne peux pas vous donner tous les détails (Rire)... Ce que vous pourrez savoir aussi, c’est que c’est un travail difficile. Parfois, ce sont les bateaux qui arrivent tard, parfois ce sont les vols sur les navires, etc. Tout compte fait, si on est soi-même sérieux, on s’en sort toujours. La difficulté qu’on a sur le terrain ici, ce sont les impôts et les taxes. Bon, que voulez-vous, on fait avec. » nous a confié le patron qui a voulu garder l’anonymat.

Il est aidé dans sa tâche par trois de ses compatriotes dont l’un nous a filé : « Eh, mon patron, il a l’argent. Il va tout le temps en Angleterre avec l’argent de la friperie. Il a deux maisons au Nigéria, une grande maison ici. Il nous surveille beaucoup. Il a peur qu’on le vole. Mais nous, on travaille pour avoir de l’argent et faire comme lui un jour... »

A en croire les revendeurs, ce commerce permet aujourd’hui de créer de l’emploi et de vivre décemment. Pour preuve, ils sont plusieurs jeunes sans emploi à s’adonner à la vente de fripes pour joindre les deux bouts. Au tour du marché de Hédzranawoè, ils ont pris des boutiques dans lesquelles ils exposent leurs marchandises exactement comme dans les prêts-à-porter.

Après avoir assisté au marchandage de 4 heures, nous nous sommes transportés derrière le marché vers 6 heures. Le spectacle était beau. Des dizaines de personnes alignées en train de laver des chaussures. « Quand vous achetez les chaussures, elles sont parfois sales, parfois tachetées. C’est pourquoi nous les lavons et les séchons avant de les polir pour leur donner leur éclat d’avant. » s’est permis de nous confier un jeune homme très pressé de finir son travail avant le lever du soleil.

Plus loin, c’est une autre file de gens qui tournent les machines à coudre. « Notre métier consiste à retoucher les habits déchirés, surtout les chemises encore en bon état. » s’est aussi empressé de dire Mme Akoua, mère d’une fillette assise à ses côtés.

La clientèle de la fripe est aussi variée que les marchandises. Aujourd’hui, Au Togo tout le monde est consommateur de la fripe moins chère. Dans tous les foyers, à plus de 90%, on trouve au moins un objet provenant de ce marché. Certains ne se cachent plus pour le brandir contrairement à ce qui se passait il y a dix ans. Les élèves y trouvent même leur uniforme scolaire. Pour les employés de bureau, c’est le lieu de prédilection pour se procurer les belles vestes et costumes de bureau. Même les chefs y prennent leurs cravates ou autres objets.

Par rapport à l’ampleur que prend ce commerce classé dans l’informel, les autorités doivent le réglementer davantage afin qu’il puisse contribuer efficacement au BIP du Togo.

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