Interview de Amidou Morou, coordonnateur du PGICT

« Le Togo, un exemple de bonnes pratiques dans la prévention et la gestion des catastrophes »

Il y a quelques années, le Togo était très vulnérable aux inondations. Une situation qui déstabilisait le cadre socio-économique du pays. Même si ce fléau continue par frapper, ses effets ne sont plus à l’échelle de celles qui ont délogé des habitants de plusieurs villes du pays entre 2007 et 2010. Ceci en partie parce que la prévention et la gestion des catastrophes sont prises en compte dans la politique nationale de développement du pays avec le Projet gestion intégrée des catastrophes et des terres (PGICT).
Le rôle de ce programme dans la lutte contre les catastrophes naturelles, nous en parlons avec M. Amidou Morou, coordonnateur de ladite initiative du ministère de l’Environnement et des ressources forestières.

Pa-lunion : En quoi consiste le PGICT ?
Amidou Morou
 : Le PGICTest un projet préparé par le gouvernement togolais pour répondre aux préoccupations liées à la prévention et la gestion des catastrophes et faire en sorte que les capacités du pays soient renforcées lorsque les situations d’urgence se posent. Nous faisons donc en sorte que la résilience des populations soit renforcée en amont et que le gouvernement ait la capacité d’intervenir lorsqu’une catastrophe survient.

Le projet dispose de trois volets. Le premier concerne le renforcement institutionnel et la sensibilisation. Il est axé sur le renforcement des structures en charge de la préparation et de réponse lorsque la situation d’urgence se pose ; et le développement des sensibilisations tous azimuts, orientées sur des thématiques telles que la gestion durable des terres et l’alerte précoce, dans les zones reconnues vulnérables vu la cartographie nationale.
Les inondations au Togo sont essentiellement dues aux crues de nos fleuves. Un dispositif est installé sur les différents cours d’eau : la Croix Rouge a installé des balises, l’hydrologie, des échelles millimétriques et la météo, les pluviomètres. Il faut sensibiliser les populations sur l’appropriation de ces instruments d’alerte.

La seconde composante est le financement des activités communautaires d’adaptation aux changements climatiques. Elle est axée sur les communautés vulnérables, les besoins immédiats en terme de projets, programmes, plans d’actions et leur financement au niveau des communautés pour que ces populations puissent renforcer leur capacité de résilience. Ce sont elles qui maîtrisent ce qui les menace au niveau communautaire en termes d’impacts des changements climatiques, d’inondations, de gestion durable des terres et c’est à elle de formuler des projets. Le gouvernement a consacré 3,4 milliards pour ce volet. Actuellement, nous finançons 78 projets au niveau national. Ils concernent la construction de caniveaux et celle des infrastructures de franchissement pour les zones enclavées (le cas dans le village Adjrakpo (canton d’Agotimé-Sud)où une infrastructure désengorge 12 villages et permet aux femmes et enfants de vaquer à leurs occupations). L’exécution de 10 d’entre eux vient de terminer.

Le troisième point du projet est l’alerte précoce. C’est le nœud de toute action qui concourt vers la gestion des risques et catastrophes. Là sont importants quatre piliers. La connaissance du risque en est le premier. Le Togo peut se réjouir aujourd’hui puisqu’il y a une cartographie des zones à risque : le risque majeur consiste en les inondations. Il faut ensuite collecter les données sur ce risque. Nous avons, dans ce sens, renforcer la météorologie, la Croix rouge et l’hydraulique a installé des dispositifs. Vient après l’interprétation de ces données et la production des informations y relatives. Une cellule technique gère le traitement et la publication de ces informations. Un bulletin a déjà paru pour la période avril-juin. Avec les données et les prévisions, on peut suivre les risques et informer les populations à temps pour qu’elles se préparent.

Globalement, c’est un projet ambitieux mais réaliste.

Quels résultats notoires découlent de vos actions ? :
Au niveau de la composante 1, nous avons fait des sensibilisations dans des écoles des zones à risques. Aujourd’hui, nous avoisinons 35.000 élèves sensibilisés sur l’ensemble du territoire. Des ONG recrutées au niveau régional ou travaillant dans le domaine environnemental continuent d’éduquer les populations pour les amener à assurer la pérennisation des acquis lorsque le projet venait à prendre fin. Nous avons renforcé le Corps des sapeurs pompiers. Actuellement les chantiers sont en cours à Lomé, Atakpamé, Sokodé et Dapaong pour mettre en place des unités de secours. Cela va permettre aux sapeurs pompiers d’être plus proches de la population et intervenir lorsqu’une situation d’urgence se pose. Nous avons également renforcé les capacités de ce corps en communication puisque celle-ci joue un rôle important dans la gestion des catastrophes : il faut avoir les informations en temps réel et intervenir au bon moment. Nous l’avons également équipé en motopompes de grande capacité qui vont aider à évacuer les eaux lorsqu’il y a une situation critique et que les gens regagnent vite leurs maisons après une inondation.

Au niveau de la seconde composante, les projets portés par les populations ont un impact très significatif sur la vie des populations. Des technologies sont également financées. Le cas de la Gestion intégrée de la fertilité, de l’eau et des ravageurs par les champignons (GIFERC), une technologie de fertilisation à l’aide des champignons qui permet de régénérer les terres.

Nous avons acheté des échelles millimétriques au ministère en charge de l’hydraulique pour les installer sur les cours d’eau. Le dispositif météo à été réhabilité. En réalité, selon notre diagnostic, il faut environ 2 milliards pour une rénovation totale de ce service. Mais, le projet finance à 700 millions. Treize (13) parcs météorologiques sont en train d’être construits et équipés sur l’ensemble du territoire. Le dispositif devient aussi numérique et automatique et donc permet de collecter des données fiables. Un centre opérationnel du système d’alerte précoce équipé est en construction. Il permettra le traitement rapide les données.

Le projet arrivera à terme en mars 2017. Que vous reste-t-il à faire ?
Le taux d’exécution du projet est à 55% en considérant que le reste consiste en des engagements. Nous allons terminer les activités entamées. Nous venons de boucler les passations de marchés. Les chantiers sont en cours et nous pensons que d’ici mars 2017, nous pouvons faire un bon rapport.

Quelles sont les difficultés auxquelles vous faites face dans votre exercice ?
Elles sont d’abord d’ordre météorologique. Tous les reboisements n’ont pas réussi à cause de la pluviométrie. Les feux de végétation ont dérangé et il va falloir prendre en compte cette question dans l’exécution d’autres projets. Pour les prochaines initiatives, il faudra repenser la manière de procéder au reboisement dans le pays. Le respect des mesures de sauvegarde environnementale par les populations a été également problématique. Avec la Banque mondiale, il est important que lorsque vous voulez mener une action, l’homme étant au cœur des préoccupations, tout le confort en terme de protection soit assuré avant le démarrage du travail. Vous ne pouvez pas, par exemple, creuser la terre à mains nues.
Une réticence de l’utilisation des mesures de protection à été observée auprès des populations. Des sensibilisations sont en train d’être menées pour réguler cela. Enfin, c’est un projet transversal qui embrasse toutes les structures de l’État ou presque. Les ministères de l’environnement, de la protection civile, de l’hydrologie, les journalistes, etc. sont tous concernés. Il faut convaincre les autres acteurs avant de fonctionner et il est important de défendre les intérêts de tous. Mais nous réussissons. Le Togo est aujourd’hui un exemple de bonnes pratiques dans la prévention et la gestion des catastrophes. Le Congo, le Bénin, la Guinée Bissau, sont venus s’inspirer de notre modèle.

Un mot de fin à l’endroit des différents acteurs ?
Aujourd’hui, nous avons franchi un pas important dans la gestion et la prévention des catastrophes. En témoigne la réussite de la simulation Togbossi 2016. L’implication des populations dans le projet est à féliciter. Elles s’approprient les outils et c’est important. Nous devons complimenter aussi la volonté politique du gouvernement. C’est un engagement sans faille qui est congratulé. Avec la population, nous devons continuer à travailler. Nous devons renforcer nos capacités dans le sens de la décentralisation. Nous avons compris que même si la décentralisation n’est pas encore effective, nous sentons qu’il y a une certaine appropriation des acquis. Il faudra continuer dans ce sens pour s’approprier la problématique et soumettre des projets aux bailleurs de fonds. Nous tirons chapeau aux médias qui parlent souvent de ce projet. Nous sommes prêts à les accompagner pour rendre plus visible cette initiative qu’elle ne l’est aujourd’hui.

A propos de l'auteur

Ghislain A.-K.

Jeune journaliste, il est un rédacteur du site d’informations pa-lunion.com

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