Faire de l’agriculture le moteur de la croissance économique au Togo

Du soutien financier à 75.100 agriculteurs, éleveurs, pêcheurs et mareyeurs

Le nouveau projet dénommé « Projet d’appui au secteur agricole (PASA) » bénéficie depuis ce 12 avril 2011 d’un soutien financier par décision du Conseil d’Administration de la Banque mondiale. Le don d’un montant de 37 millions de dollars US, un peu plus de 18 milliards de francs Cfa, va soutenir le secteur agricole togolais en promouvant les filières vivrières stratégiques, les cultures d’exportation, l’élevage et la production halieutique chez 75.100 agriculteurs, éleveurs, pêcheurs et mareyeurs. En détails, environ 60.000 agriculteurs, 13.000 éleveurs, 1.600 pêcheurs et 500 mareyeurs, opérant dans les cinq régions administratives du Togo. De plus, environ 650.000 ménages qui élèvent de la volaille et/ou des petits ruminants bénéficieront de campagnes de vaccination de leurs cheptels. Ces groupes vont bénéficier de meilleures performances à l’exportation, de meilleures performances zootechniques, ainsi que de la création d’entreprises de transformation et de commercialisation de produits et de l’établissement de partenariats pour organiser les filières des cultures vivrières. La capacité des organisations de producteurs togolais sera renforcée dans la production des principaux produits de base agricoles.

Selon le communiqué rendu public par la Banque, le Gouvernement togolais est ainsi aidé dans la mise en œuvre du Programme National d’Investissement Agricole et de Sécurité Alimentaire (PNIASA), discuté lors du dernier Forum national du paysan à Dapaong. Les principaux objectifs du PASA sont de contribuer à réhabiliter et renforcer les capacités productives des bénéficiaires ciblés dans les filières sélectionnées (cultures vivrières stratégiques, cultures d’exportation, élevage et production halieutique continentale), et de favoriser un environnement institutionnel propice au développement du secteur agricole.

Trois principales composantes constituent les piliers du Projet d’appui au secteur agricole. Primo, la promotion des cultures vivrières stratégiques, des cultures d’exportation et de la production halieutique continentale, soutenue à 17,5 millions de dollars US, environ 8,5 milliards de francs Cfa. Cette composante vise à accroître la production et la valeur-ajoutée de denrées stratégiques (riz, soja, manioc, maïs, sorgho, fruits et légumes) choisies pour leur potentiel de croissance et leur impact en matière de réduction de la pauvreté. Cet objectif sera atteint grâce à l’établissement de partenariats entre les organisations de producteurs, les distributeurs d’intrants, les grossistes, les transformateurs, les institutions financières et d’autres prestataires de services. Il s’agit également d’apporter un appui aux cultures d’exportation, en soutenant la poursuite du dialogue politique entre le Gouvernement et ses partenaires internes et externes pour la conception et la mise en œuvre des réformes indispensables aux trois filières de cultures d’exportation traditionnelles (coton, café et cacao). Le Projet financera également une étude pour préparer l’entrée d’un partenaire privé au capital de la société cotonnière (NSCT) et pour créer un conseil interprofessionnel du coton. Dans le cas du café et du cacao, le Projet soutiendra une régénération graduelle des plantations existantes et quelques extensions dans des zones propices. Pour la diversification des exportations, le projet soutiendra, par le biais d’un fonds compétitif, des microprojets innovants qui cibleront des cultures d’exportation non-traditionnelles. Enfin, le PASA va appuyer la production halieutique d’eau douce pour améliorer la gestion de la pêche continentale et développer la pisciculture, qui revêt un intérêt particulier pour les petites entreprises rurales et les jeunes.

Secundo, la relance du sous-secteur de l’élevage est appuyée à hauteur de 9 millions de dollars US, environ 4,3 milliards de francs Cfa. Les activités prévues pour cette seconde composante seront axées sur des investissements qui fournissent des résultats rapides pour la reconstitution des cheptels et l’amélioration de la productivité de l’élevage des espèces de cycle court (petits ruminants et volailles). L’accent sera porté sur trois facteurs critiques : (i) la reconstitution des cheptels avec des races disponibles localement et offrant un meilleur potentiel génétique en termes de croissance et de résistance aux maladies ; (ii) la santé animale et l’amélioration du contrôle des maladies à haute incidence ; et (iii) l’amélioration des conditions zootechniques d’élevage, notamment l’habitat, par la formation de prestataires de services et une assistance directe aux éleveurs en vue d’améliorer l’élevage traditionnel et de réduire la mortalité animale.

Tertio, 10,5 millions de dollars US, environ 5 milliards de francs Cfa, viennent en appui au renforcement des capacités et coordination sectorielle (3ème composante). Ici, l’objectif est de renforcer les capacités du ministère de l’Agriculture, de l’élevage et de la pêche à coordonner la mise en œuvre efficiente du PASA et à gérer les autres investissements du PNIASA, tout en préparant la transition vers une approche sectorielle élargie. L’intervention devrait générer une augmentation du taux d’exécution physique et financier des investissements agricoles de qualité au Togo. Elle aidera aussi à atténuer les risques de mauvaise gestion et à minimiser les coûts de transaction.

Pour la circonstance, le Directeur des opérations de la Banque mondiale pour le Togo, Madani M. Tall, s’est réjouit de l’approbation de cet important projet, précisant que cet appui au secteur agricole, qui occupe plus de 50% de la population togolaise, s’inscrit dans le Cadre Partenarial mis en place par le Togo en février 2010 pour réorienter le dialogue avec les partenaires au développement dans la mise en œuvre du PNIASA. « Nous sommes convaincus de la détermination des autorités togolaises pour faire de l’agriculture un des principaux moteurs de la croissance économique, et nous savons que les actions d’urgence à court terme que le PASA a prévues, de même que les investissements à long terme pour le développement agricole, contribueront à réaliser les objectifs de croissance économique fixés par le Gouvernement », a-t-il déclaré. Pour Monsieur Tall, il est capital de transformer l’agriculture en un secteur compétitif, en introduisant des techniques de production efficaces, avec des agriculteurs bien formés, au sein de filières dynamiques et professionnelles, tout en intégrant la préservation de l’environnement et la gestion durable de ressources naturelles.

Le PASA s’inscrit dans le cadre de la stratégie de réduction de la pauvreté tu Togo. Il est aligné sur la Note de Stratégie Intérimaire du Togo et concrétise plusieurs des recommandations de l’étude sur les sources potentielles de croissance de Septembre 2010 (« Memorandum Economique du Togo »). Il reflète également le premier pilier de la nouvelle stratégie de la Banque mondiale pour l’Afrique, qui porte sur la compétitivité et l’emploi. Le financement du Projet provient de plusieurs bailleurs : le Programme mondial pour l’agriculture et la sécurité alimentaire (GAFSP) pour 19 millions de dollars US ; l’IDA, la filiale du Groupe de la Banque mondiale qui appuie les pays pauvres, pour 9 millions de dollars US ; et le Programme mondial de réponse à la crise alimentaire mondiale (GFRP) pour 9 millions de dollars US.

Rappelons qu’en dehors du PASA, le Togo a reçu un don de 12 millions de dollars US (approuvé en mars 2011) pour la mise en œuvre du Projet de Productivité Agricole de l’Afrique de l’Ouest (PPAAO), dont l’objectif principal est d’accroître la productivité agricole, promouvoir la recherche, et diffuser les connaissances dans le domaine de l’agriculture. Ces projets sont complétés par une opération du FIDA, de la BOAD et de la BIDC de 43,5 millions de dollars US, à travers le Projet d’Appui au Développement Agricole du Togo (PADAT). Les trois projets concrétisent la mise en œuvre du PNIASA, selon les principes d’alignement et d’harmonisation des partenaires techniques et financiers recommandés par la Déclaration de Paris sur l’Efficacité de l’Aide et par l’Agenda d’Accra pour l’Action.

Les chiffres à remonter en élevage et production halieutique

L’élevage a contribué pour 14% du Produit intérieur brut (PIB) agricole et 6% du PIB total du pays au cours des cinq dernières années. Il est pratiqué par 90% des agriculteurs. La nouvelle politique de développement des animaux à cycle court montre un taux de croissance assez fort pour les ovins et les caprins (3% par an en moyenne) et surtout pour la volaille (5% par an). Le cheptel bovin (plus important dans le Nord du pays) ne s’est accru que faiblement et les porcins ont connu un recul dû en grande partie à l’épidémie de la peste porcine africaine déjà survenue dans les années 2000. En 2005, le Togo a produit 40.000 tonnes de viandes et abats (les petits ruminants et les volailles locales représentant respectivement 42% et 30% de la production totale), et la production nationale arrivait à satisfaire environ 80% de la consommation en viande du pays, le solde étant couvert par des importations de viandes fraîches ou congelées (volaille) et sur pied (bovins). L’élevage est caractérisé par une faible maîtrise par les producteurs des paramètres zootechniques et reste fortement obéré par les épidémies.

En produits halieutiques, au cours des cinq dernières années, la pêche (artisanale essentiellement) est intervenue pour 3 à 4% dans le PIB agricole. La production nationale ne couvre que 50% de la consommation nationale, le reste étant importé sous forme congelée. Ce faible taux de couverture risque de s’aggraver : le potentiel de croissance de la pêche maritime et fluviale/lagunaire est très limité. La pisciculture, marginale pour l’instant malgré les potentialités et les opportunités qui s’offrent dans ce domaine, présente cependant un potentiel de développement non négligeable. Elle est donc à promouvoir, ce qui nécessitera la réhabilitation des étangs abandonnés.

Finalement, à en croire la matrice unifiée des réformes (2011-2013), dans le cadre des politiques agricoles, une Politique nationale de la pêche devra être élaborée avant la fin 2011, pour créer un encadrement technique adéquat, introduire des espèces piscicoles exotiques et diffuser de nouvelles techniques susceptibles d’améliorer les rendements.

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