André Kangni AFANOU, directeur exécutif du CACIT

André Kangni AFANOU, directeur exécutif de Cacit-Togo

« C’est important qu’une enquête impartiale puisse déterminer les responsabilités des uns et des autres »

Le CACIT, ACAT-Togo, et l’OMCT appellent à l’ouverture d’une enquête indépendante pour situer les responsabilités dans les dégâts causés lors des manifestations du collectif « Sauvons le Togo » les 12, 13, et 14 Juin dernier. C’est ce que nous explique, plus en profondeur, le directeur exécutif du Cacit-Togo, M ; Afanou André, à travers cette interview qu’il nous a accordée. Pour M. Afanou, dans un souci d’apaisement du climat politique et social,« que les forces qui prônent l’apaisement, les forces qui prônent le dialogue prennent le dessus... » Ceci étant valable pour le gouvernement que pour les responsables du Collectif « Sauvons le Togo » dont sont membres certains animateurs du Cacit-Togo.

 

pa-lunion.com : André Kangni AFANOU, bonjour !

André Kangni AFANOU  : Bonjour !

 

Vous êtes le directeur exécutif du CACIT-Togo. Le Collectif des Associations contre l’Impunité au Togo. Ensemble avec ACAT-Togo et l’Organisation Mondiale contre la Torture, l’OMCT, vous avez sorti une déclaration dans laquelle vous appelez le gouvernement à ouvrir une enquête sur les répressions qu’il y a eu lors des manifestations ces derniers jours au Togo.

 Oui je confirme. Vous savez que face à tout ce qui s’est passé ces derniers temps, c’est important que les organisations de défense des droits de l’homme se fassent entendre. Et c’est dans ce sens donc que l’ACAT (L’Action des Chrétiens pour l’Abolition de la Torture au Togo), le CACIT (Le Collectif des Associations Contre l’Impunité au Togo) et l’OMCT (L’Organisation Mondiale Contre la Torture), tous membres du réseau SOS Torture, nous avons senti la nécessité effectivement d’interpeler les autorités pour qu’une enquête indépendante et impartiale soit conduite dans la mesure où, si vous observez un peu ce qui s’est passé, il y a des victimes dans tous les sens.

Aujourd’hui, l’Etat nous apprend que les dommages qui ont été causés s’évaluent un peu à deux cent millions de francs CFA. En même temps, de l’autre côté les membres du collectif Sauvons le Togo signalent qu’il y a eu quand même deux décès, et qu’il y a eu des répressions qui ont été observées notamment dans les églises, notamment avec des jeunes qui sont arrêtés. Donc nous pensons que, en même temps qu’on évalue les dommages matériels à deux cent millions, on ne peut pas évaluer ce qui s’est passé du côté du camp de Sauvons le Togo. Et donc c’est important qu’une enquête impartiale puisse déterminer, quelles sont les responsabilités des uns et des autres et qu’on puisse dire en définitif, qu’elles sont les orientations qu’il faut prendre si on veut qu’il y ait une paix durable et un respect efficace des droits de l’Homme au Togo.

 

Vous parlez d’enquête, en même temps, vous avez toutes les informations. En tant que défenseur des droits de l’Homme c’est votre devoir d’attirer l’attention sur ce qui est brimade des droits de l’Homme ou ce qui est contre les droits de l’Homme. Est-ce qu’il y a forcement besoin de faire cette enquête ? Pourquoi vous ne faites pas un travail de rencontre avec les deux camps pour tirer une conclusion.

Non, rassurez-vous ! Actuellement nous avons déployé des équipes de monitoring qui ont écouté toutes les parties ! Nous avons discuté longtemps avec le capitaine AKAPKO, avec les autorités de la Gendarmerie. Nous avons discuté avec les responsables du Collectif Sauvons le Togo, et nous avons les différentes versions. Mais nous constatons tout simplement qu’avec la répression des manifestations, les langages sont différents. Et nous pensons que seule une véritable enquête indépendante, par une commission reconnue par les autorités pourra situer les uns et les autres sur la responsabilité qui a été celle de chacun. Je précise que notre déclaration effectivement met quand même l’accent sur le fait que les manifestants qui ont été arrêtés doivent tous être libérés. Parce que comme je le disais, dans un camp, parce qu’on a la force de la loi, on arrête les manifestants et de l’autre, il y a quand même des policiers, des gendarmes qui ont pu tirer des gaz lacrymogène dans les églises. Est-ce que ces gens sont arrêtés jusqu’à ce jour ? On ne sait pas.

 Ensuite, nous demandons l’enquête dont nous parlons. Nous demandons aussi qu’il soit immédiatement mis un terme à la répression. Nous ne savons pas si dans les jours à venir, Sauvons le Togo va encore organiser de nouvelles manifestations. Mais si tel est le cas, et si Sauvons le Togo garanti le caractère pacifique des marches, c’est important que le gouvernement affirme clairement que dans cet Etat qui est le notre, les 56 600 Kilomètres carré, les gens sont libres de manifester sans aucune crainte d’être réprimés.

Nous demandons enfin au gouvernement, en constatant que, en réalité, les manifestants prennent un peu pour leur compte les observations de la Commission Nationale des Droits de l’Homme, en ce qui concerne les actes de torture, nous rappelons à ce niveau là, que déjà l’année dernière, le comité des nations unies avait préconisé que des sanctions, non seulement administratives, mais aussi pénales soient prises contre les auteurs des actes de torture dont certains ont été identifiés. Donc à ce jour, l’ACAT-Togo, le CACIT et l’OMCT exigent que le gouvernement mette rapidement en œuvre ces recommandations là pour un peu satisfaire cette préoccupation qui est celle aujourd’hui de l’ensemble de la communauté des défenseurs des droits de l’Homme.

 

Mais vous le dites si bien, il faut que le collectif prône ce caractère non violent de la manifestation, et que le gouvernement aussi prenne cet engagement de ne pas réprimer les manifestations. Est-ce que d’un côté ou de l’autre, vous travaillez à ce que chacun joue son rôle ou c’est juste un appel ?

Non, rassurez-vous, nous y travaillons. Si vous avez fait un peu attention aux discours qui ont été tenus ces derniers temps par les uns et les autres, notamment Maître Zeus AJAVON qui est le coordinateur du collectif, Maitre Gil Benoît AFANGBEDJI et presque tous les responsables du Collectif Sauvons le Togo, ils en appellent au dialogue, ils en appellent à ce que la situation soit apaisée.

Quand vous entendez un peu le ministre Bodjona, quand vous entendez le ministre Esso Solitoki, ils en appellent aussi à ce qu’il y ait l’apaisement. Et donc, notre espoir, ce que dans les jours à venir, ceux qu’on peut appeler les va-t–en-guerre dans les deux camps, que leurs élans soient diminués, qu’au minimum qu’on les fasse taire, ces va-t-en-guerre là et que ceux qui vont prendre le dessus, puissent être ceux qui prônent l’apaisement, ceux qui prônent le dialogue. Parce que comme disait quelqu’un, quel que soit le niveau d’affrontement, qu’on observera sur la terre de nos aïeux, à un moment ou à un autre, il faudra que les gens dialoguent. Et là, nous sommes même heureux que l’église catholique qui a quand même été meurtrie, non seulement l’église catholique, mais la communauté des chrétiens et la communauté des croyants a été meurtrie par ce qui s’est passé au sein de l’église Saint Augustin d’Amoutivé ; cette église en a appelé aussi à l’apaisement. Et donc nous disons qu’à ce niveau là, il faut que les uns et les autres prennent leur responsabilité, qu’ils aillent l’un vers l’autre et que le dialogue soit enfin entamé sur les sujets de préoccupations que les uns et les autres expriment.

 

L’appel à cette enquête est lancé par vous, dans le cadre de ce collectif, SOS torture au plan mondial, mais vous, en tant que du CACIT, ce CACIT qui est encore membre du Collectif Sauvons le Togo, est-ce que vous n’êtes pas un peu gêné par rapport à tout ce que vous faites pour prôner et en même temps le calme, on dirait que c’est aussi une réclamation du Collectif Sauvons le Togo, puisque vous êtes membre du collectif d’une manière ou d’une autre.

Non, d’amblée, moi je n’interviens pas en tant que membre du Collectif Sauvons le Togo, puisque je ne suis pas mandaté pour ça. Mais je viens de vous dire qu’en tant que ACAT, en tant que CACIT et en tant qu’OMCT, nous appartenons à un réseau international, et l’appel dont je parle, c’est un appel de ce réseau là.

Deuxième chose, en fait, comme je le signalais, il y a au sein des différentes organisations, un travail qui est fait, justement pour que les forces qui prônent l’apaisement, les forces qui prônent le dialogue prennent le dessus et je peux vous rassurer qu’aussi bien au sein du CACIT que des différentes organisations, dont effectivement certains sont membres de Sauvons le Togo, cet encouragement au dialogue, cet encouragement à la paix est lancé et de la même façon, nous insistons à chaque fois pour que nos collègues qui travaillent effectivement dans Sauvons le Togo mettent en exergue, toutes les préoccupations qui sont liées aux droits de l’Homme. Parce qu’il ne faut pas perdre de vu, le fait que justement, parce que c’est de façon récurrente, il semble y avoir une violation des droits de l’Homme.

De façon récurrente, il semble que les auteurs des actes de violence contre les citoyens togolais, des actes de tortures jouissent quand même d’une impunité criarde. C’est justement pour ça que les défenseurs des droits de l’Homme se sentent un peu désarmés. Mais nous espérons simplement, qu’en l’état actuel des choses, que notre Etat réaffirmera son engament ferme à punir les actes de torture, à punir les actes de violation des droits de l’homme. Nous constatons, quand il s’est agit par exemple, de faire subir ce qu’on peut appeler les rigueurs de la loi à ceux qui ont cassé, et bien la machine judiciaire s’est rapidement mise en branle. Comment expliquez-vous alors que la même machine judiciaire ne soit pas aussi prompte pour faire répondre de leurs actes, les auteurs d’actes de torture ? Il y a quelque part, un deux poids deux mesures, quelque chose qui semble injuste, quelque chose qui semble inéquitable. Et nous espérons que dans les jours à venir, notre Etat corrigerait effectivement ce sentiment d’impunité qu’on observe d’une part, et ce sentiment d’injustice qu’on observe d’autre part.

 

André Kagni AFANOU, merci.

C’est moi qui vous dis merci.

A propos de l'auteur

Late Pater

Il est rédacteur au journal L’Union pour la Patrie et au site web Pa-lunion.com

Du même auteur

Soutenir par un don